Dans la maison de bois, à la lisière de la forêt, un bébé Viking vient de naître.
Son père, un robuste bûcheron, le prend dans ses bras et l'emmène sur le pas de la porte pour l'admirer. Dehors, le vent est glacial. Le petit se met à grelotter.
Cet homme a déjà deux beaux garçons, forts et costauds, comme doivent l'être les Vikings. C'est avec tristesse et colère qu'il regarde cette petite chose qu'il porte dans ses bras : un bébé maigrichon qui braille et qui tremble de tous ses membres...
C'est certain, ce petit enfant chétif ne fera jamais un bon bûcheron ou un grand guerrier. Sans écouter les supplications de sa femme, il décide d'abandonner le petit dans la forêt glacial. C'est la coutume dans le village.
Emmailloté dans une peau de chèvre, le frêle bébé est déposé au pied d'un arbre, très loin dans les bois. Là, où personne n'habite. Seul avec comme unique compagnie la nuit et les hurlements des loups. Le bûcheron est déjà loin...
Des loups se rapprochent de plus en plus du bébé qui se débat dans sa couverture. C'est une proie idéale pour des bêtes affamées par la rudesse de l'hiver.
Soudain, un coup de tonnerre, suivi d'un éclair déchire le ciel juste au dessus de l'arbre où est le petit. Les loups n'hurlent plus. Ils se sauvent dans la nuit comme s'ils étaient poursuivis par une horde de chasseurs.
Un char lumineux tiré par deux boucs traverse le ciel. C'est le dieu Thor, le dieu du tonnerre. Son immense pouvoir fait fuir les loups. Le bébé du bûcheron est sain et sauf. Tout autour de lui, brûle un feu magique qui éloigne les bêtes sauvages et qui en même temps réchauffe son petit corps endolori. Le nourrisson s'endort...
Au matin, un scalde, passe dans la forêt. Poète et conteur, il va de village en village, avec ses histoires merveilleuses plein la tête. Quelque chose l'attire au pied de l'arbre où se trouve l'enfant. Il se baisse et tend les bras vers le nouveau né. Le feu s'éteint.
Deux corbeaux noirs virevoltent au-dessus de sa tête. Le poète n'en croit pas ses yeux : ce sont Munin et Hugin, les corbeaux du dieu Odin, dieu de la guerre.
Il caresse doucement la joue du bébé. Il sait que les dieux l'ont placé sur sa route pour qu'il s'occupe de ce petit comme si c'était son propre fils. Il faut qu'il lui donne un nom...
Il l'appellera Mugin. La première syllabe de Munin et la deuxième syllabe de Hugin, les deux corbeaux du dieu.
Et tout en marchant vers le prochain village, les yeux remplis d'amour pour ce petit être trouvé, le poète berce l'enfant d'une douce chanson qui raconte les exploits d'un grand guerrier Viking...
Pour lui, Mugin, protégé par les dieux aura un formidable destin qu'il chantera un jour dans ses chansons...